Hermann Göring

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Reichsmarschall et homme politique
(Rosenheim - Allemange, 12 janvier 1893 || Nuremberg - Allemagne, 15 octobre 1946)

Placé immédiatement après Adolf Hitler dans la hiérarchie nazie, Hermann Göring est, au sein du IIIe Reich, le second personnage politique de l’État allemand. En réponse à l’officier enquêteur qui, en juin 1945, l’interroge, Göring décline ainsi ses titres: «Commandant en chef de la Luftwaffe (aviation de guerre), ministre de l’Air, Premier ministre de Prusse, président du Reichstag, conservateur des forêts, maréchal du Reich». Cette liste n’est qu’un résumé très succinct de tous les titres et emplois de Göring dans le IIIe Reich. N’est-il pas, en outre, grand veneur du Reich, commissaire pour le plan de quatre ans, successeur désigné du Führer par le décret du 29 juin 1941 ?

À l’inverse de Hitler, fils d’un simple douanier autrichien, Göring a pour père un diplômé des universités de Bonn (Allemagne) et de Heidelberg (Allemagne), le docteur Heinrich Göring, qui devint un haut fonctionnaire prussien et un ami de Bismarck. Hermann est envoyé à l’école des cadets de Karlsruhe (Allemagne), d’où il passe ensuite à l’école militaire de Gross Lichterfelde. Il en sort sous-lieutenant d’infanterie. Survient la guerre de 1914. Plein d’audace, Göring est d’abord un parfait officier de renseignements, puis il entre dans l’aviation. Il se révèle un excellent pilote de chasse et obtient vingt-deux victoires aériennes dans la célèbre escadrille du Freiherr Manfred von Richthofen. Lorsque ce dernier trouve la mort en combat aérien, Göring lui succède en 1918 à la tête de cette formation. Démobilisé comme capitaine à l’issue de la guerre, Göring se retrouve sans occupation; il ne souhaite pas servir la République de Weimar et, d’autre part, il a un urgent besoin de gagner de l’argent. Pour vivre, il va au Danemark, puis en Suède, où il fait des démonstrations aériennes et vend des parachutes. Il séduit la comtesse Carin von Kantzow, plus âgée que lui de cinq ans. Quand, en 1922, il rentre en Bavière, Carin le suit, puis l’épouse. Il manifestera un grand amour pour cette femme.

C’est à cette époque que Göring assiste à une réunion nazie et entend parler Hitler. Enthousiasmé, il revoit le Führer dès le lendemain et entre aussitôt au Parti national-socialiste: jusqu’à la fin de sa vie et même après la mort de Hitler, Göring demeurera fidèle à son chef. Appréciant à sa valeur cet ancien officier discipliné, Hitler lui confie ses SA (Sturmabteilung : sections d’assaut). Les 8 et 9 novembre 1923, lors du coup de force manqué à Munich (Allemagne), Göring se trouve auprès du Führer en tête de colonne. Grièvement blessé, il doit s’enfuir à Innsbruck (Autriche), où il est soigné. Après sa guérison, Göring, qui ne peut revenir en Allemagne (il y serait aussitôt arrêté), séjourne à Venise (Italie), puis en Suède.

En 1927, amnistié, il rentre dans sa patrie et renoue aussitôt ses liens avec Hitler. Aux élections du 20 mai 1928, pour la première fois, Göring est élu député au Reichstag. Arriviste, ambitieux, le nouveau parlementaire révèle alors sa personnalité, son goût du luxe, des honneurs et des uniformes. Intelligent, fréquentant la haute société, Göring se montre de plus en plus hostile aux brutes de la SA et à leur chef Ernst Röhm. La fidélité inconditionnelle du «nazi de salon», du «paladin de Hitler» (ainsi a-t-on surnommé Göring) finit par porter ses fruits. Déjà chef du groupe parlementaire nazi du Reichstag, Hermann Göring est élu président de cette assemblée en 1932. Il apparaît donc, dès cette date, comme l’un des premiers personnages de l’État.

Quand, le 30 janvier 1933, Hitler devient chancelier du Reich, Göring est nommé ministre de l’Intérieur de Prusse. Instigateur du providentiel incendie du Reichstag, il peut se débarrasser des communistes en les accusant de ce crime. Puis il crée la Gestapo, les camps de concentration, et approuve d’avance les meurtres que commettra la police. Allié de Himmler contre Röhm, Göring prépare le piège dans lequel il fera tomber le dangereux chef des SA.

Commissaire du Reich à l’Aviation, puis ministre de l’Air, avec le grade de général, Göring sait tirer parti de ses collaborateurs, bien que ses connaissances techniques dans ce domaine soient assez restreintes. Sous sa direction apparente naît une puissante flotte aérienne de guerre. Implacable, Göring parvient à écarter les généraux Blomberg et Fritsch, tandis que Hitler lui donne le plus haut grade de l’armée allemande: feld-maréchal.

Ayant tous les titres et emplois qu’il pouvait désirer, menant une vie fastueuse et indolente, collectionnant les tableaux et les œuvres d’art, Göring redoute la guerre, qui pourrait amener l’écroulement du IIIe Reich et le sien. Désirant maintenir la paix, il entre alors en rapport avec Birger Dahlerus, homme d’affaires suédois en relation avec des Anglais très influents. Mais il manque de courage moral et ne veut pas risquer sa carrière: ses entrevues secrètes avec ces Anglais n’aboutissent à aucun résultat; la guerre éclate en septembre 1939.

Après la campagne victorieuse de Pologne, Göring prend une décision irréfléchie qui décidera du sort de l’aviation allemande et peut-être de la guerre: il arrête les recherches de nouveaux types d’avions pour concentrer tout l’effort de l’industrie aéronautique allemande sur la production massive des types existants. Cette stupéfiante erreur engendre le lent déclin de l’aviation allemande, dont les modèles sont vite périmés. Le subordonné de Göring, le célèbre général Udet, responsable du matériel de la Luftwaffe, se suicide quand il constate que la folle politique de Göring conduit l’Allemagne à la défaite. Le général Milch, qui a succédé à Udet, demande en vain à Hitler que Göring soit relevé de ses fonctions. La puissance croissante des bombardements alliés, à laquelle l’aviation allemande ne peut s’opposer efficacement, prouve au Führer que le maréchal Göring s’est montré un incapable. Hitler donne l’ordre, trop tard, de construire en masse des bombardiers Me-262. Quand, le 23 mai 1945, Göring demande au Führer, terré dans son bunker de la chancellerie, à Berlin, s’il peut lui succéder selon le décret du 29 juin 1941, Hitler, conseillé par Bormann, s’y oppose et le fait arrêter par ses SS ! Au tribunal de Nuremberg (Allemagne), Göring défend la politique du Führer puis se suicide plutôt que d’être exécuté.