Edouard Daladier

daladier

Homme politique
(Carpentras - France, 18 juin 1884 || Paris - France, 10 octobre 1970)

Fils d'un boulanger de Carpentras, Daladier fit ses études à Lyon où il suivit les cours d'Édouard Herriot. Agrégé d'histoire, il fut élu maire de sa ville natale (1912), puis député radical‑socialiste du Vaucluse (1919-1940). Appelé au ministère des Colonies par Édouard Herriot, le nouveau président du Conseil (juin 1924), il resta au gouvernement jusqu'en 1926 après deux autres brèves expériences ministérielles à la Guerre et à l'Instruction publique.

Lorsque les radicaux retrouvèrent le pouvoir en juin 1932, il devint ministre des Travaux publics dans le gouvernement Herriot (juin 1932), puis chargé du portefeuille de la Guerre dans celui de Paul‑Beaucour (décembre 1932). En dépit de l'instabilité ministérielle, Daladier conserva ce poste durant toute l'année 1933 puis, sans discontinuer, de juin 1936 à mai 1940.

Nommé président du Conseil le 31 janvier 1933, le jour même de l'accession de Hitler à la chancellerie, il signa avec la Grande‑Bretagne, l'Allemagne et l'Italie le "pacte à quatre" (7 juin 1933), afin de favoriser l'intégration de l'Allemagne au sein de la SDN et de la Conférence du désarmement; politique infructueuse puisque à la fin de l'année l'Allemagne quitta ces deux instances. Mis en minorité sur des questions financières, son gouvernement fut renversé en octobre 1933 et Daladier quitta la présidence du Conseil. Mais il y revint en janvier 1934 alors que venait tout juste d'éclater l'affaire Stavisky, vaste affaire d'escroqueries où se trouvait compromise une partie de la classe politique et notamment des parlementaires radicaux. Celui qu'on surnommait le "taureau du Vaucluse" avait précisément été choisi en raison de ses qualités de rigueur, d'intégrité et surtout parce qu'il n'était en aucune façon impliqué dans ce scandale. En février, Daladier décida de procéder à la mutation administrative du préfet de Paris, Jean Chiappe, en raison des ses amitiés suspectes avec l'extrême droite. Cette mesure provoqua la crise du 6 février 1934 et la démission de Daladier.

Promoteur du Front populaire et ministre de la Guerre sous Léon Blum, il redevint président du Conseil en avril 1938, et signa sans illusion les accords de Munich (septembre 1938). Son gouvernement mit en œuvre un plan de relance économique pour "remettre la France au travail" et permettre, entre autres, l'accélération du réarmement. Mais cette politique imposait la révision des acquis sociaux du Front populaire, comme la semaine de quarante heures. Cette dernière loi ne fut pas abrogée mais les dérogations furent si nombreuses que sa portée fut considérablement restreinte. Pour protester contre ces mesures, les congressistes de la CGT (Confédération générale du travail) lancèrent le 30 novembre 1938 une grève générale qui se solda par un semi‑échec. La rupture du Front populaire était définitivement consommée.

Le 3 septembre 1939, après l'invasion de la Pologne par la Wehrmacht, Daladier déclara la guerre à l'Allemagne. Après la signature du pacte germano‑soviétique (août 1939), il mena une politique anti‑communiste : saisie et interdiction des journaux (26 août) et dissolution du parti communiste français et des organismes "ayant directement ou indirectement objet de propager les mots d'ordre émanant ou relevant de la IIIe Internationale communiste" (décret du 26 septembre), arrestations de dirigeants et de militants.

Daladier démissionna de la présidence du Conseil le 20 mars 1940, puis obtint le portefeuille de la Défense nationale et de la Guerre dans le ministère Paul Reynaud (21 mars - 18 mai 1940). En juin 1940, il embarqua sur le Massilia avec d'autres parlementaires et rejoignit le Maroc. Ramené en France début août à bord du Lamoricière, arrêté en septembre 1940 et traduit devant la cour de Riom par le gouvernement de Vichy (1942), il fut livré aux Allemands, qui le déportèrent (1943-1945). Il retrouva son siège de député en 1946 et le conserva jusqu'en 1958, date à laquelle il quitta définitivement la scène politique pour se consacrer à la rédaction de ses mémoires.