Jean Moulin

moulin

Administrateur et homme politique
(Béziers - France , 20 juin 1899 || Metz (déportation) - France, 8 juillet 1943)

Après avoir servi dans le génie durant les derniers mois de la Première Guerre mondiale, Jean Moulin entra dans la carrière administrative en 1919; il devint chef de cabinet du préfet de la Savoie en 1922, sous‑préfet en 1930. Chef de cabinet civil de Pierre Cot, ministre de l'Air du Front populaire, plus jeune préfet de France en 1937, nommé à Rodez où il restera peu de temps, il devint préfet d'Eure‑et‑Loir en 1939. Le 17 juin 1940, lors de l'entrée des troupes allemandes dans Chartres, il refusa de signer un texte que lui présentaient des officiers allemands, imputant à des troupes françaises – des tirailleurs sénégalais – des violences commises sur des femmes et des enfants; battu, il préféra se taillader la gorge plutôt que de signer – l'écharpe qu'il porta dès lors servait à masquer sa cicatrice. Les Allemands ayant demandé son renvoi, il fut révoqué le 2 novembre 1940 par le gouvernement de Vichy. Il entreprit alors de son propre chef plusieurs voyages en zone Sud, avant de gagner Londres en 1941, où il rencontra le général de Gaulle qui le chargea de coordonner en zone non occupée les divers réseaux qui constituaient la Résistance intérieure, et de lier celle-ci à la France libre de Londres.

Parachuté en France le 1er janvier 1942, puis, après un retour à Londres, de nouveau en septembre de la même année, Jean Moulin – connu sous les pseudonymes de «Max» ou de «Rex» – rencontra tous les dirigeants de la Résistance, mais il se heurta à ceux qui craignaient sa tendance à centraliser renseignements, communications, moyens et argent, d'une part, et qu'il ne reconstitue les partis politiques tels qu'ils étaient avant Vichy, d'autre part. À Henri Frenay, soucieux de ce que les mouvements de résistance conservent une stricte indépendance et n'apparaissent pas comme des organismes aux ordres de De Gaulle, Moulin répond qu'il n'est pas question de porter atteinte à l'indépendance des mouvements" – ce qui n'empêchera pas Frenay d'écrire, plus tard, que Moulin était un "crypto‑communiste", voire "le fossoyeur de la Résistance", s'appuyant pour l'essentiel sur son passage au cabinet de Pierre Cot et le fait que nombre de ses proches se révélèrent, à la Libération, comme étant communistes. Jean Moulin réussit cependant à établir une ligne minimale d'action commune, en accord avec Londres, et parvint, le 15 mai 1943, à donner corps à son action fédératrice en créant le Conseil national de la Résistance (CNR), dont il devint le premier président.

Dans cet organisme complexe, se trouvaient représentés divers mouvements de la Résistance (Combat, Franc‑Tireur, Libération…), des partis politiques maintenus ou reconstitués dans la clandestinité (parti communiste, parti socialiste SFIO, parti radical, démocrates populaires, etc.) ainsi que les centrales syndicales (CFTC, CGT réunifiée après la réconciliation des compagnons de Jouhaux avec les communistes exclus en 1939).

Sous l'impulsion de Jean Moulin, le CNR établit un programme d'épuration et de reconstruction pour la France libérée. Né de l'esprit de la Résistance, ce programme portait la marque de préoccupations sociales avancées. Sur le plan militaire, le CNR se dota d'organes d'exécution unifiés, notamment le Comac (Comité d'action militaire) pour coordonner les opérations de résistance armée. Le CNR demanda également la formation d'un gouvernement provisoire, à Alger (Algérie), placé sous la présidence de De Gaulle seul, le général Giraud ne devant recevoir qu'un commandement militaire, ce qui contribua à asseoir la légitimité politique de de Gaulle face aux Alliés, et notamment à Roosevelt.

Le 21 juin 1943, Jean Moulin, probablement trahi, fut arrêté à Caluire‑et‑Cuire (Rhône) par la Gestapo de Lyon dirigée par Klaus Barbie. Torturé, il mourut peut‑être au cours de son transfert en Allemagne. La trahison de Caluire reçut diverses interprétations. Selon certains – notamment le général Delestraint, arrêté quelques jours plus tôt à Paris –, le responsable des arrestations de Caluire serait René Hardy, responsable de Résistance‑Fer; cependant, l'innocence de ce dernier fut reconnue à deux reprises par les tribunaux. D'autres ont voulu voir le traître en Frenay, qui dut se défendre jusqu'à sa mort de violentes campagnes dirigées contre lui. Certains ont cherché à étayer la thèse de Moulin en relations suivies avec les Américains, et involontairement trahi par un de leurs agents. Une autre thèse prétend que le piège de Caluire n'était pas destiné à Jean Moulin, et que seul un funeste hasard l'y a précipité – cette thèse s'appuie notamment sur les horaires d'arrivée des résistants et des membres de la Gestapo, et le temps que Barbie mit à identifier l'un de ses prisonniers comme étant Jean Moulin. Enfin, même le lieu de sa mort reste incertain.

Le successeur de Jean Moulin à la tête du CNR fut Georges Bidault, un des fondateurs du Mouvement républicain populaire (MRP). En 1964, en témoignage de la reconnaissance nationale à l'un des principaux artisans de la Libération, les cendres de Jean Moulin furent transférées au Panthéon, au cours d'une cérémonie solennelle présidée par Charles de Gaulle. André Malraux y prononça un discours qui est resté très célèbre.