Léon Blum

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Homme politique et écrivain
(Paris - France, 9 avril 1872 || Jouy‑en‑Josas - France, 30 mars 1950)

Élève de l'École normale supérieure, critique littéraire, journaliste à l'Humanité, maître des requêtes au Conseil d'État, il devient, après la guerre 1914-1918, député de la Seine et s'affirme comme le leader du mouvement socialiste français, le successeur de Jaurès. Il est, en 1936, le chef du gouvernement de Front populaire. Il exercera jusqu'à sa mort un véritable magistère moral sur la SFIO ( Section française de l'Internationale ouvrière).

Léon Blum est issu d'une famille juive d'Alsace. Ses parents, négociants en textile, sont installés à Paris. Après des études très brillantes, il se spécialise dans le droit public et entre, à l'âge de 23 ans, au Conseil d'État, où il exercera pendant vingt‑cinq ans.

De l'écriture à la politique

Déjà, il s'est fait connaître comme critique littéraire en collaborant à des publications, notamment la Revue blanche, d'inspiration anarchiste. Il succède à Porto‑Riche comme chroniqueur théâtral au Matin. Écrivain, il publie, en 1901, les Nouvelles Conversations de Goethe avec Eckermann et plusieurs ouvrages sur le théâtre. Sous l'influence de Lucien Herr, Blum se rapproche, avec un groupe de normaliens, du courant socialiste allemand. C'est l'affaire Dreyfus qui le convainc de la nécessité de l'action politique. Il se lie à Jaurès, l'aide à imposer l'idée de l'unité socialiste, réalisée en 1905, et lui apporte son concours pour la fondation de l'Humanité. Après l'assassinat de Jaurès (1914), Blum rédige un programme pour le parti socialiste, qui est ratifié en 1919 par le congrès national. La même année, il est élu député de la Seine.

Léon Blum déclare au congrès de Tours en 1920: "La conquête révolutionnaire du pouvoir, qui est notre but, c'est la prise de l'autorité centrale par n'importe quel moyen. Il n'y a pas un seul socialiste qui puisse se laisser enfermer dans la légalité." Mais, en réalité, Léon Blum, d'une extrême sensibilité, esthète, un peu distant, est peu fait pour être un leader politique. Au demeurant, il représente la tendance centriste, opposée au socialisme léniniste, auquel il reproche de violer la démocratie, de diviser le mouvement socialiste international et de méconnaître le pacifisme en acceptant le caractère fatal des guerres impérialistes. Au congrès de Tours, il se résigne à la rupture lorsque la majorité communiste l'emporte. Il reconstruit alors "la vieille maison" et fonde le Populaire, dans lequel, désormais, il écrira quotidiennement.

Après la victoire du Cartel des gauches en 1924, Blum s'opposera à la participation de la SFIO ( Section française de l'Internationale ouvrière) à tout gouvernement. Il élabore une savante distinction entre la "conquête du pouvoir", qui est le seul acte révolutionnaire parce qu'elle vise à la destruction du régime capitaliste, et l'"exercice du pouvoir", qui est la gestion par les socialistes, pour des raisons exceptionnelles et des objectifs limités, de l'ordre légal, afin "d'accélérer le rythme de l'évolution capitaliste qui conduit à la révolution".

La victoire du Front Populaire

Après s'être violemment opposé à la politique de déflation de Paul Reynaud, Blum est porté au pouvoir par la victoire du Front populaire de 1936. Il aborde cette expérience avec un mélange d'espoir et d'appréhension, considérant qu'il ne peut faire autre chose que "préparer l'avènement d'un régime social qu'il n'est pas encore dans le pouvoir des socialistes de réaliser" (31 mai 1936).

L'œuvre accomplie par son gouvernement est cependant très importante. En dix semaines, il fait voter les dix lois qu'il s'était engagé à faire aboutir, dont la loi sur les congés payés et la loi sur la semaine de 40 heures. Les difficultés financières s'amplifient et il démissionne, le Sénat lui refusant les pleins pouvoirs. Celui qui, en 1920, refusait la légalité, l'accepte; de plus, il n'a pas soutenu directement et ouvertement les révolutionnaires espagnols (il fera l'analyse de cette erreur politique dans À l'échelle humaine, 1945).

Arrêté par le gouvernement de Vichy, emprisonné à Riom puis au fort du Portalet, Léon Blum fut déporté par les Allemands de 1943 à 1945; il reprendra, à la Libération, ses articles quotidiens dans le Populaire. Après une mission en 1946 aux États‑Unis, où il négocie le plan de l'aide américaine au relèvement français, il est nommé chef du gouvernement provisoire, en attendant l'élection du premier président de la IVe République, Vincent Auriol. Désigné en novembre 1947 pour former le gouvernement, il n'obtient pas l'investiture de l'Assemblée nationale. Il se retire à Jouy‑en‑Josas.