Philippe Leclerc

leclerc

Maréchal
(Belloy-Saint-Léonard - France, 22 novembre 1901 || Colomb-Béchar - Algérie, 28 novembre 1947)

Comte de Hauteclocque, également connu sous son nom de résistant Jacques-Philippe Leclerc

L'aurore d'un destin exceptionnel

Fils d'Adrien, comte de Hauteclocque (1864-1945) et de Marie-Thérèse van der Cruisse de Waziers (1870-1956), il grandit au sein d'une famille de la noblesse picarde. Il passe la plupart de ses vacances en famille dans le village de pêcheurs d'Audresselles.

En 1922, il entre à l'École spéciale militaire de Saint-Cyr (promotion de Metz et de Strasbourg, dont il sort deux ans plus tard en tant que major de la cavalerie. Il entre alors à l'École d'application de la cavalerie de Saumur, dont il sort en 1925, là encore, en étant major.

Il se marie la même année avec Marie-Thérèse de Gargan (marié le 10 août 1925) dont il aura ses six enfants (quatre garçons et deux filles).

Depuis 1918 (et jusqu'en 1930), la Sarre est sous occupation française en conséquence du Traité de Versailles (1919) faisant suite à la Première Guerre mondiale. Le jeune Philippe de Hauteclocque a pour première affectation le 5e régiment de cuirassiers à Trèves; après y avoir passé un an, il obtient une affectation au 8e Spahis algériens au Maroc. Il participe à la pacification du territoire au cours de la guerre du Rif, durant laquelle il se distingue. Il eu notamment plusieurs chevaux tués sous lui lors d'accrochages avec des tribus berbères et fut blessé notamment (au talon ou à la cheville) en chutant de sa monture, ce qui lui valut d'utiliser une canne tout le reste de sa vie. En 1929, le commandement du 38e Goum lui est confié.

Il devient instructeur à l'École de Saint-Cyr en 1931. Au cours d'un second séjour au Maroc, il est promu capitaine en 1934, obtient la Légion d'honneur, ainsi que le grade de capitaine à titre exceptionnel. En 1938, il réussit le concours d'entrée à l'École de Guerre (aujourd'hui devenu le Collège interarmées de défense), dont il sort major en 1939.

1939-1940 : la campagne de France

En mai 1940, Philippe de Hautecloque est capitaine d'état-major à la 4e Division d'Infanterie, en poste sur le front belge. Lors de l'attaque allemande, il est fait prisonnier, mais parvient à s'échapper et à rejoindre les lignes alliées, où il reprend le combat.

Le 15 juin, il participe à une contre-offensive dans la plaine de Champagne au cours de laquelle il est blessé à la tête. Les blindés allemands ont ouvert le feu sur la maison dans laquelle il se trouvait et une partie du plafond s'est effondrée sur lui. La blessure ne semble pas l'affecter à tel point qu'il continue le combat, jusqu'à ce qu'il soit à nouveau fait prisonnier.

1940-1942 : la lutte se poursuit en Afrique

Le 17 juin 1940, il parvient à s'évader et prend le parti de poursuivre la lutte. Il traverse la France à bicyclette, malgré l'occupation allemande, rejoint sa femme et ses 6 enfants sur les routes de l'exode près de Libourne en Gironde. Après les avoir mis au courant de sa volonté de se battre, il franchit les Pyrénées près de Perpignan. Il est brièvement arrêté en Espagne, puis arrive jusqu'au Portugal d'où il rejoint Londres par bateau.

Il se présente au Général de Gaulle le 25 juillet. Afin d'éviter que des représailles ne soient dirigées contre sa famille, il a pris le pseudonyme de Leclerc, nom courant dans sa région natale. Le général de Gaulle, reconnaissant en lui un chef exceptionnel, le promu de capitaine à chef d’escadron dès leur première rencontre et lui donne pour mission de rallier l'Afrique équatoriale française à la France Libre. Son engagement dans la France libre lui fait abandonner l'Action française.

Le 6 août 1940, il quitte l'Angleterre pour le Cameroun avec René Pleven, André Parant et Claude Hettier de Boislambert. Vingt jours plus tard, il débarque de nuit en pirogue à Douala avec 22 hommes. Il fait la connaissance du commandant Louis Dio, qui arrive de Fort-Lamy à la tête d'un détachement du régiment de tirailleurs sénégalais du Tchad. Il parvient à convaincre les autorités fidèles à Vichy de s'effacer et rallie le Cameroun, le Tchad et le Congo à la cause de la France Libre sous l’égide de Félix Éboué et de Larminat.

Leclerc est nommé Commissaire général du Cameroun et le 28 aout, c'est toute l'AEF, à l'exception du Gabon qui s'est ralliée au Général de Gaulle. Celui-ci, au cours d'une visite à Douala le 8 octobre, donne son accord à Leclerc pour tenter de rallier le pays à sa cause. Avec l'aide des Forces françaises libres, repliées après l’échec de l’expédition de Dakar (23-25 septembre), Leclerc débarque près de Libreville le 8 novembre et le 10 novembre, le Gabon se joint à la France Libre.

Leclerc est alors officiellement confirmé au grade de colonel par le Général de Gaulle, grade qu'il s'était auto-attribué "comme par enchantement" selon l'expression de De Gaulle en arrivant au Cameroun pour ne pas être en infériorité hiérarchique par rapport au lieutenant-colonel en poste à Douala, et est désigné comme commandant militaire du Tchad.

La France Libre a pour la première fois une assise territoriale et stratégique significative.

À partir de ces bases, sa colonne, qui compte notamment le capitaine Massu, effectue des raids de plusieurs milliers de kilomètres en direction des postes italiens. Ayant pris l'oasis de Koufra (28 février 1941) avec 1 canon et 300 hommes seulement, il fait le serment avec ses soldats de ne pas déposer les armes avant d'avoir vu le drapeau français flotter sur la cathédrale de Strasbourg.

Il poursuit les combats en Libye et participe à la prise de Tunis par les Alliés avec la Force L (L pour Leclerc) au tout début de 1943.

1943-1945 : La Victoire en marche

L'armée de Leclerc, qui a été nommé général, est équipée de matériel américain et profite de quelques mois de répit pour incorporer d'anciens soldats de Vichy.

Envoyée en Normandie, sa 2e division blindée (plus connue comme la 2e DB) débarque le 1er aout 1944. Faisant partie de la 3e armée du général Patton, la division de Leclerc, ou "division Croix de Lorraine", devient parfois même le fer de lance des attaques américaines. Sa division libère Alençon le 12 août, s'illustre dans la forêt d'Écouves, mais butte le 13 août sur Argentan qu'elle ne peut investir, gênant en fait les mouvements américains. Leclerc demande alors l'autorisation de quitter le théâtre des opérations en Normandie, pour "Ne plus perdre un seul homme ici et libérer la capitale de la France".

Avec l'accord qu'il a arraché à ses supérieurs, la 2e DB se rue sur Paris, si bien que le 25 août 1944, le général Leclerc reçoit la reddition du général von Choltitz, gouverneur militaire allemand de Paris, à la gare Montparnasse. La capitale a été libérée en deux jours, presque sans combat, dans un mélange de liesse et de coups de feu. Les généraux de Gaulle et Leclerc descendent côte à côte l'avenue des Champs Élysées alors qu'éclatent encore des accrochages sporadiques.

Avant la fin de l'année 1944, le 23 novembre, ses troupes libèrent Strasbourg, occasion d'une prise d'arme pour rappeler que le serment de Koufra a été tenu. Ultimes faits d'armes, ce sont les soldats français de Leclerc qui s'emparent du Kehlsteinhaus, le nid d'aigle d'Hitler à Berchtesgaden en Bavière, quelques jours seulement avant l'armistice du 8 mai 1945.

Le 21 juin, il fait ses adieux avec solennité à sa division, qu'il quitte pour rejoindre le Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient en Indochine française occupée par le Japon depuis 1940.

Le 2 septembre 1945, c'est Leclerc qui signe, au nom de la France, l'acte de capitulation du Japon à bord du cuirassé USS Missouri, en rade de Tokyo.

Les années terribles

Il participe également à la libération de l'Indochine envahie successivement par le Japon et la Thaïlande en 1940 et 1941. Le 29 janvier 1946, il rétablit la souveraineté française dans toute la Cochinchine et le Sud-Annam, tout en étant lucide sur la nécessité d'une solution politique. Au Tonkin Hô Chi Minh accueille Leclerc le 26 mars 1946 à Hanoï en lui serrant la main. En effet, celui-ci était favorable à une résolution politique de la crise qui secouait la colonie française.

En 1946, Leclerc est nommé inspecteur général en Afrique du Nord.

Un décès tragique et l'hommage d'une nation

Le 28 novembre 1947, au cours d'une tournée d'inspection en Afrique du Nord, son avion, un B-25 Mitchell est pris dans une tempête de sable. On suppose que le pilote est descendu à basse altitude pour trouver des repères géographiques, mais l'avion a percuté la voie ferrée, non loin de Colomb-Béchar. Les 12 occupants de l'appareil sont tués sur le coup.

La nouvelle de ce décès est un choc pour une France qui se relève difficilement d'une terrible guerre et qui voyait en cet homme le libérateur de Paris et de Strasbourg, celui qui avait lavé l'affront de la défaite de 1940. Après un hommage national à Notre-Dame, la 2e DB escorte son chef vers l'Arc de triomphe, où une foule de Français viennent s'incliner devant le cercueil du général d'armée. Il est inhumé dans la crypte des Invalides.

Il a été élevé à la dignité de Maréchal de France, à titre posthume, par décret du 23 août 1952.

Controverse sur les circonstances du décès

Konrad Killian, probablement assassiné le 30 août 1950 dans des circonstances restées mystérieuses, fut le premier à lancer l'idée : l'Angleterre aurait fait assassiner Leclerc à cause de la guerre secrète du pétrole dans le Fezzan, dans la partie ouest de la Libye. Aucune preuve ne permet toutefois d'étayer cette thèse.

Au contraire, Jean-Christophe Notin démontre que l'avion, modifié pour accueillir des passagers et déséquilibré par l'ajout d'une couchette à l'arrière, aurait simplement décroché alors qu'il volait à basse altitude, ainsi qu'il avait tendance à le faire à la suite de ces modifications.

Anecdotes

Pour traverser les lignes ennemies de la poche de Lille en mai 1940, il déclare à l'officier allemand qui l'a capturé qu'il est réformé, inapte au service militaire en lui montrant une ordonnance médicale datant du Maroc lui prescrivant de la quinine trois fois par jour. Grâce à ce subterfuge, on le laisse partir et il peut rejoindre les lignes françaises sur le canal de Crozat.

Pour partir en Angleterre, il traversera la France en guerre grâce à toutes sortes de moyens de transport. Son périple débuté le 17 juin à Avallon, passera par Paris, Le Mans, Sainte-Foy-la-Grande, Bayonne où devant l'impossibilité de prendre un bateau le 5 juillet, il va traverser les Pyrénées jusqu'à Perpignan pour passer en Espagne puis au Portugal et arriver enfin à Londres le 25 juillet.

Au Cameroun en août 1940, pour rallier ce territoire à la France libre il juge son grade de commandant insuffisant face au gouverneur général et au lieutenant-colonel commandant les troupes à Douala. Il arrache les trois galons de sa manche gauche pour en recoudre deux sur celle de droite, le voici colonel lui qui n'était qu'un simple capitaine il y a un mois. Il s'en expliquera auprès du général de Gaulle par le fait que "cette opération au caractère spécial était fondée sur la persuasion et l'autorité et qu'il dut se conférer ce grade à titre temporaire pour la mener à bien". Le 28 août, le colonel breveté Leclerc est nommé commissaire général du Cameroun par le général de Gaulle. Il prit pour habitude de cacher son bras gauche dans son dos pour qu'on ne remarque pas que le nombre de galons qui s'y trouvaient ne correspondait pas au grade prétendu.

Tout au long de la guerre, il utilisera toutes sortes de subterfuges pour arriver à forcer la victoire. Il incarnait l'esprit Free French de ceux qui ont refusé derrière le général de Gaulle d'accepter la défaite de 1940. Il fut dur en ce temps-là pour des officiers formés à la discipline de Saint-Cyr de désobéir aux ordres du maréchal Pétain, le vainqueur de Verdun.