Winston Churchill

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Homme d'État
(Woodstock, Oxford - Grande-Bretagne, 30 novembre 1874 || Londres - Grande-Bretagne, 24 janvier 1965)

Winston Churchill naquit au château de Blenheim, propriété de sa famille paternelle, celle des ducs de Marlborough, l'une des plus grandes de l'aristocratie anglaise. Son père, lord Randolph Churchill (1849-1895), fut député à vingt‑cinq ans et fit carrière dans les rangs conservateurs. Cependant, il souhaitait des réformes démocratiques et une politique extérieure pacifique. Chancelier de l'Échiquier (ministre des Finances) en 1886, il proposa un programme que ses collègues refusèrent; il démissionna et passa son temps à voyager. Il avait épousé une Américaine et le couple était regardé comme l'un des plus excentriques de la société aristocratique et du monde politique de l'Angleterre victorienne; à cette époque l'un et l'autre étaient largement confondus et la vie publique constitua pour le jeune Winston Churchill une vocation naturelle.

Dans une atmosphère familiale assez bohème, la première éducation de Winston Churchill fut négligée. Envoyé au collège d'Harrow, Churchill y fait des études médiocres; puis il passe par l'école militaire de Sandhurst. Il en sort avec le goût de l'aventure et le désir de se faire rapidement connaître. Winston Churchill part pour Cuba, où les Espagnols combattent des révoltes locales; il accompagne ensuite le général Kitchener au Soudan, et paraît sur le champ de bataille d'Omdourman en 1898. La guerre des Boers l'amène en Afrique du Sud, où il est fait prisonnier par les Boers (1899), mais parvient à s'évader. Dès lors, mi‑officier, mi‑journaliste, de Cuba, d'Inde ou d'Égypte, il envoie aux journaux londoniens des articles colorés qui sont appréciés et lui ouvrent en 1900 les portes de la Chambre des communes.

Un grand homme d'Etat

Élu député conservateur d'Oldham, Churchill, par admiration pour le chef libéral Lloyd George, quitte bientôt son parti pour rejoindre les libéraux et commencer une brillante carrière ministérielle. Sous‑secrétaire d'État aux colonies (1905), ministre du Commerce (1908) et de l'Intérieur (1910), il appuie Lloyd George, alors chancelier de l'Échiquier dans ses projets de réforme sociale. En 1911, à trente‑sept ans, il devient Premier lord de l'Amirauté (ministre de la Marine). Persuadé que le Royaume‑Uni va être entraînée dans un conflit européen, il prépare la flotte britannique à la guerre en prenant des mesures radicales. En 1915, il a l'idée d'une expédition navale franco‑britannique contre la Turquie, alliée de l'Allemagne, pour occuper les détroits et rétablir des communications avec la Russie: à la suite d'erreurs tactiques, après un an de combats et de lourdes pertes, l'expédition des Dardanelles échoue. Le ministère tombe. Churchill prend alors le commandement d'un régiment sur le front français, mais Lloyd George le rappelle de nouveau au gouvernement et lui confie le portefeuille de l'Armement, puis ceux de la Guerre et de l'Air (1918-1921).

Avec la déconfiture du parti libéral, en 1922, Churchill perd son siège de député. Il réintègre alors le parti conservateur, qui l'accueille sans rancune; en 1924, il est à nouveau député et il est nommé chancelier de l'Échiquier dans le gouvernement Baldwyn. Jusqu'en 1929, il va pratiquer une politique monétaire rigide: l'industrie et l'expansion économique sont sacrifiées à la réévaluation de la livre sterling, au rétablissement de sa parité d'avant‑guerre et de sa convertibilité en or. Le prix à payer est celui d'un chômage considérable; la crise de 1929 emporte la livre, massivement dévaluée, la convertibilité est supprimée, et les travaillistes gagnent les élections. Churchill, très critiqué, ne figurera plus dans les gouvernements conservateurs jusqu'en 1939. Il écrit des ouvrages historiques, voyage et, comprenant très tôt que le conflit avec Hitler est inévitable, il condamne fermement les accords de Munich.

Une grande ténacité

En septembre 1939, après la déclaration de guerre, Chamberlain rappelle Churchill à son ancien poste de Premier lord de l'Amirauté. La défaite militaire alliée, en juin 1940, contraint Chamberlain à quitter le gouvernement. Churchill lui succède et devient Premier ministre le 10 mai 1940. Dès lors et jusqu'à la victoire, il animera avec une volonté inflexible la résistance du peuple britannique à qui il proclame sa détermination à combattre : "Je n'ai à vous offrir que du sang, de la sueur et des larmes". Par sa puissance de travail, son obstination, sa faculté d'inspirer l'espoir — alors que les échecs se succèdent au début de la guerre — il va devenir sans conteste un des principaux artisans de la victoire alliée. À la fin de la guerre, Churchill tente d'amener Roosevelt à une attitude plus ferme envers l'URSS, mais il ne peut empêcher, à la conférence de Yalta (Ukraine), le partage de l'Europe entre Soviétiques et Américains. En 1945, le parti travailliste l'emporte aux élections. Churchill, qui anime l'opposition au gouvernement d'Attlee, n'en demeure pas moins une personnalité internationale de premier plan. À Fulton, aux États‑Unis, il relance l'idée d'une association des pays anglo‑saxons qui sera à la base du futur pacte de l'Atlantique nord. Dans son fameux discours de Zurich (Suisse), il propose à l'Europe continentale de s'unir. Mais, dans son esprit, la Grande‑Bretagne doit rester à l'écart, avec des responsabilités spéciales dans le monde: Churchill insiste sur l'importance du Commonwealth et des relations privilégiées avec les États‑Unis. De retour au poste de Premier ministre en 1951, il va s'efforcer de réaliser ce plan avant de se retirer définitivement de la vie publique en 1955.

Prix Nobel de littérature en 1953, Sir Winston Churchill est l'auteur de nombreux ouvrages, en particulier d'une Vie de Lord Randolph Churchill (1906), d'un essai sur la Crise mondiale (1923-1929) et, surtout, de Mémoires de guerre (1948-1954), précieux témoignage sur son extraordinaire ténacité dans une des périodes les plus sombres de la Grande‑Bretagne et du monde libre.

Méconnue, son œuvre picturale compte une centaine de toiles réalisées entre 1915 et 1965 (année de sa mort) ayant pour sujets de prédilection des paysages provençaux, marocains ou égyptiens et des natures mortes.